Lorsque l’on parle d’argenterie ancienne, il est important de différencier les cuillères fabriquées en argent massif des cuillères dites en métal argenté. Bien qu’elles contiennent toutes de l’argent, c’est leur teneur en ce précieux métal qui va faire la différence.
Cuillères en argent
En effet, jusqu’au XVIIIe siècle, les pièces d’orfèvrerie ne sont fabriquées qu’avec des métaux précieux, c’est-à-dire en or ou en argent. On parle alors d’or et d’argent massifs, dont le degré de pureté est indiqué en millièmes. L’argent massif est en fait un alliage composé d’une très grande majorité d’argent pur (généralement à 925 millièmes, soit 925 g d’argent pur pour 1000 g de métal), mélangé à un autre métal, moins précieux mais plus dur, afin de rendre les pièces d’argenterie plus solides. En effet, une cuillère en argent pur (100%) serait beaucoup trop malléable et s’userait très rapidement. Elle ne serait pas du tout adaptée pour les repas quotidiens !
La qualité du métal et de son alliage est garantie par un système de poinçons, mis en place par les autorités. Il existe ainsi différents poinçons selon la qualité, les époques et le pays d’origine de la cuillère, mais le plus courant pour l’argenterie française est le poinçon Minerve, qui doit son nom au fait qu’il représente la tête de Minerve (patronne des artisans dans la mythologie romaine) de profil dans un rectangle à pans coupés.
Cuillères en métal argenté
Le terme de métal argenté désigne quant à lui des cuillères fabriquées avec des métaux non précieux, tels que le cuivre ou l’étain, recouverts d’une fine couche d’argent. C’est exactement le même principe que des bijoux en or ou argent plaqué ! Sauf mention contraire, mes cuillères gravées personnalisées sont toutes faites de métal argenté.
Le procédé utilisé pour le placage est appelé galvanoplastie. C’est l’entreprise Christofle, bien connue pour ses pièces d’orfèvrerie et notamment des arts de la table française, qui a été la première à l’avoir introduit en France en 1842. Elle continue de nos jours à proposer des cuillères en argent et en métal argenté, ainsi que de nombreux autres couverts d’exception.
De la même manière que pour les cuillères en argent, la présence de poinçons peut indiquer la qualité des métaux et l’origine des cuillères anciennes. Il existe une multitude de poinçons mais sur les cuillères en métal argenté, ces poinçons sont généralement de forme carrée et comportent un chiffre. Ce chiffre correspond à la quantité d’argent utilisée pour le placage. Par exemple, un poinçon carré avec le chiffre 84 signifie que 84 g d’argent ont été utilisés pour « plaquer » l’ensemble des 12 couverts qui composent la ménagère. Il est parfois nécessaire de se munir d’une bonne loupe puisque les poinçons sont assez petits et pas toujours très lisibles, surtout sur des cuillères anciennes !
Outre leur prix moins onéreux, les cuillères en métal argenté offrent aussi l’avantage de s’oxyder plus lentement que les cuillères en argent. Elles nécessitent tout de même un entretien particulier afin qu’elles conservent leur éclat le plus longtemps possible.
Comment les reconnaître quand vous en avez une en main
Toute la théorie ci-dessus ne sert à rien tant qu’on n’a pas la réponse à la seule question qui compte vraiment : celle que vous tenez, c’est laquelle ?
Voici les cinq gestes que je fais moi-même en brocante, dans l’ordre où je les fais.
Cherchez le poinçon. C’est le seul test qui prouve quelque chose, les autres ne font qu’orienter. Il se trouve au dos du manche, souvent près du cuilleron, parfois sur la tranche. Un rectangle à pans coupés avec un profil de femme casquée : c’est la Minerve, vous tenez de l’argent massif français. Un petit carré avec un chiffre : c’est du métal argenté. Prenez une loupe, ils sont minuscules et l’usage les a souvent effacés aux trois quarts.
Regardez les points d’usure. C’est mon test préféré, parce qu’il ne se trompe presque jamais sur une pièce ancienne. Sur une cuillère en métal argenté, la couche d’argent finit par s’user là où l’objet frotte : le dos du cuilleron, les arêtes du manche, le bout qui traîne sur la table. Le métal qui apparaît dessous est plus rosé ou plus jaune ? C’est le cuivre. Une cuillère en argent massif, elle, s’use aussi, mais elle reste argent jusqu’au cœur : elle ne change jamais de couleur.
Soupesez-la. L’argent est un métal dense, sensiblement plus lourd que le cuivre ou les alliages utilisés comme support. À taille égale, une cuillère en argent massif se remarque dans la main. Ce n’est pas une preuve, mais après en avoir manipulé quelques dizaines, la main sait avant les yeux.
Faites-la sonner. Tenue en équilibre sur un doigt et frappée doucement, une cuillère en argent massif rend un son clair qui dure. Le métal argenté sonne plus court et plus mat. C’est un test d’oreille, à prendre comme tel.
Approchez un aimant. Ni l’argent ni le cuivre ne sont magnétiques. Si votre cuillère est attirée, elle a une âme en acier : ce n’est ni de l’argent massif, ni de l’argenterie ancienne. C’est le seul test qui ne laisse aucun doute mais il ne dit rien quand il est négatif.
Une mise en garde pour finir. Les mentions gravées en toutes lettres « argenté », « métal blanc », ou une lettre A isolée, ne sont pas des poinçons de garantie. Elles indiquent une intention commerciale, pas un titre contrôlé.
Ce que ça change vraiment
À l’entretien, une différence que peu de gens connaissent. Les deux demandent les mêmes gestes : un lavage à la main, des produits non abrasifs, jamais de lave-vaisselle. Mais les conséquences d’une erreur ne sont pas les mêmes du tout.
Sur une cuillère en argent massif, un produit abrasif raye la surface. C’est regrettable, mais le métal est le même dessous : la rayure se polit.
Sur une cuillère en métal argenté, ce même produit ne raye pas : il retire de l’argent. La couche fait quelques microns, et elle ne repousse pas. On ne raye pas, on perce. C’est pour cette raison que je suis aussi catégorique sur les éponges grattantes et les crèmes abrasives, et que je recommande le bain au bicarbonate, où rien ne frotte (voir tous mes conseils d’entretien des cuillères).
À l’oxydation, avantage inattendu au métal argenté : sa surface est de l’argent pur, qui noircit plus lentement que l’alliage d’une pièce massive.
Au prix, ce sont deux marchés différents. L’argent massif se négocie en bonne partie au poids du métal, et son prix suit le cours de l’argent. Le métal argenté ne vaut que par sa forme, son modèle et son état : c’est ce qui permet de trouver de très belles pièces anciennes pour le prix d’un couvert neuf de grande surface.
À la gravure, aucune différence. Elle est creusée dans le métal puis noircie, sans encre ni produit ajouté, et elle tient aussi longtemps sur l’une que sur l’autre.
Laquelle choisir pour un cadeau ?
Je vais être honnête, puisque je travaille presque exclusivement l’une des deux. L’argent massif a pour lui le poids, le prestige et une valeur de revente réelle. Si vous cherchez un objet qui vaut quelque chose en tant que métal, c’est lui.
Mais pour un cadeau destiné à servir et à se transmettre, le métal argenté ancien est le meilleur rapport, et de loin. À l’œil, sur une belle pièce de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle. Les modèles sont les mêmes, les orfèvres sont les mêmes, le dessin est le même. Ce qui change est sous la surface et personne autour de la table ne le verra jamais.
Et une cuillère qui a déjà traversé un siècle a fait la preuve qu’elle savait durer. C’est ce que je chine, ce que je prépare et ce que je grave dans mon atelier : mes cuillères anciennes sont toutes des pièces anciennes en métal argenté.
Questions fréquentes
Comment savoir si ma cuillère est en argent massif ?
Le poinçon Minerve (une tête de femme casquée), de profil, dans un rectangle à pans coupés. C’est le seul élément qui fasse foi pour l’argenterie française depuis 1838. En son absence, l’usure du placage aux points de contact est l’indice le plus fiable.
Le métal argenté a-t-il de la valeur ?
Oui, mais pas au poids. Une ménagère complète d’un bon orfèvre, dans son écrin, avec un placage en bon état, vaut bien davantage que la valeur du métal qu’elle contient, qui est à peu près nulle. C’est la pièce qui vaut, pas la matière.
Peut-on faire réargenter une cuillère usée ?
C’est techniquement possible, et des ateliers le font. Mais le coût dépasse souvent la valeur de la pièce et l’opération efface la patine en même temps que l’usure. Sur une cuillère ancienne, je préfère l’usure : elle raconte que l’objet a servi.
Peut-on manger avec une cuillère en métal argenté ?
Oui, c’est exactement ce pour quoi elle a été faite. Mes cuillères sont nettoyées puis rincées et aucune encre n’est ajoutée à la gravure : le noir des lettres est une oxydation du métal lui-même.
Faut-il choisir l’argent massif pour faire graver ?
Non. La gravure est creusée dans le métal, elle tient aussi bien sur les deux.